Mia Mongiello est diplômée des Beaux-Arts de Paris (2025), sa pratique artistique fait se rejoindre plusieurs médiums comme le dessin, l’écriture et la musique. À partir d’un souvenir marquant — la découverte d’un journal relatant l’accident du Concorde — elle engage un travail plastique qui interroge nos rapports à l’image, au récit et à leur consommation. Frôlant l’obsession, elle collectionne des journaux, paquets de chewing-gum, bracelets de festival ou affichettes de restaurants. Autant d’objets qui façonnent une archive, bien conservée dans un précieux tiroir.
Modéliste de formation, Jeanne Gilois développe une recherche du volume à travers le textile. Si, d’habitude, il est question d’habiller des corps, il s’agit aussi pour elle de détourner les règles de ce savoir-faire, pour les appliquer à des objets ou des surfaces. Plutôt que de mouler de la toile sur un mannequin et de travailler sur l’architecture d’un corps, elle dessine, taille et pique des vêtements pour des fauteuils, des fenêtres ou même des murs.
Invitées dans le cadre du Mois du Patrimoine, un évènement organisé par le service Pays d’art et d’histoire de la Communauté de Communes Aure Louron et l’Office de Tourisme Communautaire, les artistes interrogent le patrimoine agro-pastoral. À partir de Snail Shell System, une oeuvre réalisé en 2001 par le collectif N55, Mia Mongiello et Jeanne Gilois ont travaillé à la conception et la réalisation de La plus petite chambre d’hôtel du monde, une installation artistique visible à Aulon, tout au long du mois de septembre 2025.
À partir de l’oeuvre Snail Shell System, prêtée par les Abattoirs, Musée — FRAC Occitanie Toulouse, les artistes Mia Mongiello et Jeanne Gilois s’apprivoisent. Maison mobile, la structure une fois actionnée peut rouler et naviguer. Si une maison a pour première fonction d’abriter celles et ceux qui l’habitent, elle est aussi une boîte dans laquelle on range ce qui nous défini : des objets, des habitudes, des souvenirs. Cette boîte là, le Snail Shell System, a une caractéristique notable, elle est ronde, exempte d’angles, sans aucun recoin où cacher un secret.
La plus petite chambre d’hôtel du monde est une affaire de noeuds. À l’intérieur, s’y installe confortablement une fiction, dont les mots s’accrochent sur la couette, l’oreiller ou les bras de chemise. Sans jamais pouvoir s’y retrouver simultanément, puisque l’oeuvre ne peut accueillir qu’un seul corps, les gestes de Mia Mongiello et Jeanne Gilois se mêlent, glissent, bavardent. À deux, elles remplissent cette maison-boîte de vêtements, d’histoires et d’accessoires, lui donnant ainsi une mémoire.
L’entité qui se dessine, aux contours plutôt flous, écrit sur les parois lisses et circulaires ses rêves entêtants de castings, de grands rôles et de brebis. Dans cet étrange espace, elle étouffe un peu et ne trouve pas de porte de sortie. Tout ce que l’on sait de manière certaine, c’est la chute de l’histoire : la chambre a été quittée, avec empressement et ne restent que des traces. Pour essayer d’y voir plus clair, il faut se lover entre les textiles, tendre l’oreille, faire traîner ses mains au contact des matières et objets, laisser ses yeux s’attarder sur des détails, divaguer. Ainsi, une question simple se pose : comment agir face à une disparition et prendre soin d’une mémoire ? Qu’elle soit individuelle, collective, fictive ou factuelle, le rôle de l’archive et de son partage est ici crucial. La maison-boîte est un grand contenant, dans lequel sont enfermés des vestiges qui n’attendent que d’être vus et nommés pour qu’on ne les oublie pas.